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Extraits du livre de Giulia Enders "Le charme discret de l'intestin : tout sur un organe mal aimé"

Malabsorption du fructose, un sucre que l’on trouve notamment dans les fruits. Comme pour l’intolérance au lactose, ce trouble fonctionnel intestinal existe aussi sous une forme sévère congénitale : la fructosémie (ou intolérance héréditaire au fructose), qui génère des problèmes digestifs dès la plus petite quantité de fructose absorbée. La plupart des gens, cependant, souffrent plutôt d’un problème dû à un excès de fructose. On ne sait souvent pas très bien ce que c’est et, sur les emballages des produits alimentaires, la mention « contient du fructose » nous donne l’impression d’acheter un produit meilleur pour la santé que s’il y figurait « contient du sucre ». L’industrie agro-alimentaire se fait donc un plaisir d’ajouter du fructose pur à ses produits et contribue elle aussi à ce que notre alimentation soit plus riche en fructose que jamais. Pour beaucoup, une pomme par jour ne pose aucun problème - s’il n’y avait pas aussi le ketchup sur les frites, le yaourt sucré aux fruits et la soupe en brique qui, tous contiennent du fructose. Ou encore certaines tomates, spécialement cultivées pour développer une forte proportion de fructose. Pour couronner le tout, nous faisons face aujourd’hui à une offre de fruits qui, sans globalisation ni transports aériens, n’existerait nulle part sur la planète. En hiver, les ananas des zones tropicales voisinent sur nos étals avec les fraises fraîches des serres hollandaises et quelques figues séchées du Maroc. Ce que nous faisons entrer dans la catégorie d’une intolérance alimentaire, ce n’est donc peut-être que la réaction tout à fait saine d’un corps qui, en l’espace d’une génération, a dû s’adapter à une alimentation telle qu’elle n’a encore jamais existé. Le mécanisme qui se cache derrière l’intolérance au fructose n’est pas le même que pour le gluten ou le lactose. Les personnes qui souffrent d’une intolérance congénitale ont dans leurs cellules peu d’enzymes permettant l’assimilation du fructose. Le fructose peut donc se concentrer petit à petit dans les cellules et entraves d’autres processus. Dans le cas d’une sensibilité qui se développe plus tard, on suppose que le problème se situe plutôt au niveau du transport. Chez ces patients, les canaux de transport du fructose (les transporteurs GLUT-5) sont souvent moins nombreux Quand ils ingèrent une petite quantité de fructose - par exemple en mangeant une poire, les canaux de transport sont aussitôt saturés et le sucre de la poire, selon le même schéma que dans une intolérance au lactose, rejoint la flore intestinale, dans le gros intestin. Aujourd’hui, certains chercheurs se demandent si le nombre réduit de canaux de transport est vraiment à l’origine du mal, puisque des sujets sans troubles digestifs envoient eux aussi une partie du fructose non digéré dans le gros intestin. Alors pourquoi le fructose cause-t-il des ennuis à certains et pas à d’autres ? L’une des causes probables se trouve dans la composition de la flore intestinale. Notre mangeur de poire envoie le fructose excédentaire à une certaine catégorie de bactéries intestinales, qui l’utilisent pour générer tout un tas de symptômes gênants. Un phénomène qui s’accentue proportionnellement à la quantité de ketchup, de yaourt aux fruits ou de soupe en brique qu’on a avalée avant. Quand le fructose est mal absorbé, le moral peut même en prendre un coup lui aussi. Grâce au sucre, de nombreuses autres substances nutritives sont en effet assimilées dans le sang. L’acide aminé tryptophane, par exemple aime se lier au fructose pendant la digestion. Mais si la quantité de fructose que nous avons dans le ventre est trop importante pour être assimilée dans son ensemble, nous nous en débarrassons et perdons du même coup celui qui s’est accroché à ses baskets : le tryptophane. Or, le tryptophane nous est aussi utile pour produire de la sérotonine. La sérotonine, c’est ce neurotransmetteur qu’on surnomme aussi « l’hormone du bonheur » parce qu’une carence peut engendrer des dépressions. Non décelée, une malabsorption du fructose qui dure depuis plusieurs années peut donc tout à fait être la cause d’humeurs dépressives. C’est là une découverte récente qui se fraie peu à peu un chemin jusque dans les cabinets médicaux.


Pour plus d’information, voici un livre très intéressant de Giulia Enders intitulé :- Le charme discret de l’intestin : Tout sur un organe mal aimé


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